Voici l'origine de cette locution :
Auguste faisait célébrer à Rome des fêtes publiques qui furent interrompues par un orage ; mais, dès le lendemain, les jeux recommencèrent, et Virgile traça le distique suivant sur la porte du palais :
Nocte pluit tota, redeunt spectacula mane :
Divisum imperium cum Jove Cæsar habet.
«Il a plu toute la nuit, le matin recommencent les spectacles publics : Auguste partage avec Jupiter l'empire du monde.»
Auguste ayant voulu connaître celui à qui il devait ces vers flatteurs, Virgile ne se présenta pas, et un poète obscur, du nom de Bathylle, finit par s'en déclarer l'auteur. Il fut comblé d'éloges et largement récompensé. Piqué de voir un autre recevoir des honneurs qui lui étaient dus, bien qu'il ne les eût pas désirés, Virgile écrivit de nouveau les deux vers sur les murs du palais, et traça au-dessous celui-ci :
Hos ego versiculos feci, tulit alter honores.
De ces deux petits vers, Romains, je suis l'auteur,
Et cependant un autre en reçoit tout l'honneur.
Il y ajouta le commencement de quatre autres vers, dont les premiers mots étaient Sic vos non vobis. Auguste exprima le désir de les voir achevés ; Bathylle essaya vainement, et Virgile les compléta de la manière suivante :
Sic vos non vobis nidificatis, aves ;
Sic vos non vobis vellera fertis, oves ;
Sic vos non vobis mellificatis, apes ;
Sic vos non vobis fertis aratra, boves.
Ainsi, mais non pour lui, l'agneau porte sa laine ;
Ainsi, mais non pour lui, le bœuf creuse la plaine ;
L'oiseau bâtit son nid pour d'autres que pour lui,
Et le miel de l'abeille est formé pour autrui.
Autre traduction citée par Victor Hugo dans Marion Delorme :
Ainsi, pour vous oiseaux, au bois vous ne nichez ;
Ainsi, mouches, pour vous aux champs vous ne ruchez ;
Ainsi, pour vous, moutons, vous ne portez la laine ;
Ainsi, pour vous, taureaux, vous n'écorchez la plaine.
Enfin Castil-Blaze, qui maniait la rime provençale avec autant d'aisance qu'en montrèrent oncques les chevaliers de la gaie science, a traduit ainsi les vers de Virgile :
Ploù, touta la niu ploù, et lou matin li joya :
Ame César, Jupin a partagea l'anchoya.
Yeu faguere li vers, l'autre aguet li-x-ounour.
Ansin vous, noun per vous, bioû tirassas l'airaire ;
Ansin vous, noun per vous, mousca, fasez lou mèu ;
Ansin vous, noun per vous, môutoun sias de lanaire ;
Ansin vous, noun per vous, nisas, pichô-z-ôusseu.
Louis Combes.
Arnault.
Ch. de Bernard.