«O imitatores, servum pecus, a dit Horace, ô imitateurs, troupeau servile !» Imiter les grands modèles sans les copier, se remplir de leurs sentiments et de leurs pensées, de leurs expressions et de leurs tours, en disposer comme de son propre bien, sans gêne et sans contrainte, fut toujours le privilège exclusif de quelques écrivains de génie. Ainsi imitait La Fontaine :
Quelques imitateurs, sot bétail, je l'avoue,
Suivent en vrais moutons le pasteur de Mantoue.
J'en use d'autre sorte, et me laissant guider,
Souvent à marcher seul j'ose me hasarder.
On me verra toujours pratiquer cet usage ;
Mon imitation n'est pas un esclavage.
Plein de ses modèles, s'identifiant avec eux, se jouant avec leurs pensées, La Fontaine les modifiait à son gré, ajoutant à leur naïveté, à leur grâce, de manière que ce qu'il produisait était à lui sans cesser d'être à ses maîtres. Il était bien éloigné de cette imitation servile qu'Horace voulait flétrir et que lui-même livrait au ridicule dans ces vers de la fable du Singe :
N'attendez rien de bon d'un peuple imitateur,
Qu'il soit singe ou qu'il fasse un livre :
La pire espèce, c'est l'auteur.
Molière disait aussi : «Je prends mon bien partout où je le trouve.» Il imitait donc, mais il surpassait, mais il changeait le cuivre en or, fidèle au précepte : Il est permis de voler un auteur, pourvu qu'on le tue.
Comment se fait-il que l'homme, dont la pensée s'élance jusque dans les cieux ; l'homme, la plus belle, la plus excellente et la plus noble des créatures, le miracle de la nature, comme l'appelle Zoroastre ; le miroir de la présence divine, selon saint Chrysostome ; l'image de Dieu, suivant Moïse ; le rayon de la divinité, comme dit Platon ; la merveille des merveilles, suivant Aristote ; comment se fait-il que l'homme se dégrade ainsi lui-même, en se vouant à une imitation servile ? O imitatores !...
Sterne.
Il est membre de l'Institut, donc il enseignera dans nos écoles publiques ce qu'il n'a jamais su, donc les ministres vont lui confier des charges qu'il est incapable de remplir, etc., etc. Voilà le mal, et nos gouvernants devraient au moins distinguer le poussier du bon grain, et les talents réels, du servum pecus, de la bande moutonne, qu'un jury complaisant a fait agréger.
Castil-Blaze.