Sinon a réussi à tromper les Troyens ; le cheval qui renferme dans ses flancs les plus redoutables des Grecs, va être introduit dans les murs de la ville : «Nous abattons les murs et nous ouvrons les remparts de Pergame. Chacun s'empresse ; on glisse des rouleaux sous les pieds du colosse ; on attache à son cou des câbles puissants. La fatale machine roule et franchit les murs.»
Quel tableau que celui de tout un peuple égaré, hâtant lui-même son dernier jour. Virgile met en contraste l'horreur de ce moment terrible avec la joie et l'empressement aveugle des Troyens travaillant eux-mêmes à leur perte, et, ce qui est encore d'un plus grand effet, avec l'ingénuité confiante des jeunes garçons et des jeunes filles, qui, aidant à ce travail funeste, se plaisent à saisir la corde qui traîne le monstre, se font un sujet d'allégresse de ce qui menace leur ville, le palais de leur roi et leurs propres foyers, fêtent à l'envi leur ruine et chantent pour ainsi dire leur cantique de mort.
Chacun croyait à la régénération de la France ; chacun travaillait à hâter ce brillant avenir, les femmes et les grands dans leurs conversations, les écrivains dans leurs ouvrages, les parlements dans leurs remontrances, les prédicateurs dans leurs sermons. Ainsi s'avançait la révolution ; c'était le cheval de Troie entrant dans Pergame aux acclamations du peuple :