«Que vos personnages, dit Horace (Art poétique, vers 127), conservent jusqu'au bout le même caractère, et qu'au dénoûment ils soient tels qu'au début.»
Serveur ad imum
Qualis ab incepto processerit, et sibi constet.
Le principal intérêt du Misanthrope, dit M. Géruzez, est dans le développement, la vérité, le contraste et les nuances des caractères. La misanthropie d'Alceste est relevée par l'indulgence de Philippe, et la coquetterie de Célimène par la sincérité d'Éliante. Acaste et Clitandre n'ont pas le même genre de fatuité, et Oronte ajoute aux travers généraux de l'homme de cour la manie des petits vers, qui surexcite la vanité. Arsinoé, par désespoir de coquetterie, s'est retranchée dans la pruderie, qui est une curieuse variété de l'hypocrisie. Tous ces personnages agissent et parlent selon leur nature, sans se démentir, selon le précepte d'Horace.
La règle qualis ab incepto processerit, et sibi constet, très-rigoureuse pour le poëte, l'est jusqu'à la minutie pour le comédien.
Diderot, Paradoxe sur les Comédiens.
Il faut que le spectateur trouve à la fin, comme au premier acte, les personnages introduits, guidés par les mêmes vues, agissant par les mêmes principes, sensibles aux mêmes intérêts, en un mot les mêmes qu'ils ont paru d'abord :
Servetur ad imum
Qualis ab incepto processerit, et sibi constet.
Sabatier de Castres.
Ajoutez, pour troisième imperfection, que Camille, qui ne tient que le second rang dans les trois premiers actes, et y laisse le premier à Sabine, prend le premier dans les deux derniers, où cette Sabine n'est plus considérable, et qu'ainsi, s'il y a égalité dans les mœurs, il n'y en a point dans la dignité des personnes, où se doit étendre ce précepte d'Horace :