Ingenium cui sit, cui mens divinior, atque os
Magna sonaturum, des nominis hujus honorem.
«Celui qui a le génie, l'inspiration divine, l'éloquence sublime, celui-là mérite le nom de poète.»
Dans un passage célèbre du VIe livre de l'Énéide, Virgile a tracé une énergique peinture des fureurs de la Sibylle, luttant contre l'inspiration prophétique et contre le Dieu qui l'obsède. J.-B. Rousseau a heureusement imité Virgile dans une de ses odes :
Ou tel que d'Apollon le ministre terrible
Impatient du dieu dont le souffle invincible
Agîte tous ses sens ;
Le regard furieux, la tête échevelée,
Du temple fait mugir la demeure ébranlée
Par ses cris impuissants.
Tel aux premiers accès d'une sainte manie.
Mon esprit alarmé redoute du génie
L'assaut victorieux ;
Il s'étonne, il combat l'ardeur qui le possède,
Et voudrait secouer du démon qui l'obsède
Le joug impérieux.
Mais sitôt que, cédant à la fureur divine,
Il reconnaît enfin du dieu qui le domine
Les souveraines lois ;
Alors, tout pénétré de sa vertu suprême,
Ce n'est plus un mortel, c'est Apollon lui-même
Qui parle par ma voix.
La Harpe n'hésite pas à placer cette ode du lyrique français au-dessus de toutes les autres ; on y trouve le mens divinior et l'os magna sonaturum, qui, seuls, selon le lyrique latin, annoncent le poète.
Castil-Blaze.