Au temps des Laïs et des Phryné, Corinthe était la ville des plaisirs coûteux ; on y achetait cher un repentir, et beaucoup devaient y renoncer moins par sagesse que par pauvreté. Aussi, disait-on alors : Tout le monde ne peut aller à Corinthe. Ce proverbe a pris, avec le temps, un sens beaucoup plus général et signifie aujourd'hui (ce qui est presque une vérité de La Palice), que les hommes n'ont pas tous la même fortune, le même esprit, le même génie. Ordinairement c'est sur le ton de la plaisanterie que l'on dit : Non licet...
Quelle figure ferait le pauvre docteur Néophobus entre ce grand helléniste Conrand Néobar et ce courageux martyr Jean Népomucène, dans votre pandémonium élastique ? Hélas ! non licet omnibus adire Corinthum, c'est-à-dire rue de Richelieu, 67, ou à tout autre bureau de rédaction de la Biographie universelle.
Revue de Paris.
Le principe de soumettre la population flottante des villes à de certaines restrictions de séjour est fondé sur l'expérience des siècles, et les peuples anciens le pratiquaient. Les érudits, qui ne sont pas d'ordinaire de grands légistes, se sont donné beaucoup de mal, sans résultat, pour expliquer le vieil adage latin : Non licet omnibus adire Corinthum. Cet adage signifie que la ville de Corinthe était organisée comme le sont aujourd'hui les villes allemandes, c'est-à-dire que le premier venu n'obtenait pas la permission d'y séjourner.