Voulez-vous «de l'art des vers atteindre la hauteur,» voulez-vous dans la carrière des lettres marcher sur les traces de ceux qui se son illustrés, prenez les œuvres de tous les écrivains de génie, lisez-les, étudiez-les sans cesse, feuilletez-les le jour, feuilletez-les la nuit, selon le précepte d'Horace. S'il est vrai qu'il n'y a rien de nouveau sous le soleil, il est au moins indispensable de connaître les merveilles qu'a enfantées le génie de l'homme, et l'imitation est le premier pas à faire sur la grande route de l'art : Nocturna versate manu, versate diurna.
Entre les deux excès, la route est difficile,
Suivez pour la trouver Théocrite et Virgile,
Que leurs tendres écrits, par les Grâces dictés,
Ne quittent point vos mains, jour et nuit feuilletés.
... J'avais cru que cinquante années de classe vous ôteraient cette odieuse manie de latinité qui vous rend insupportable. Ne sauriez-vous laisser à ces sottises et parler français comme tout le monde ?
... Vous différez fort d'Horace, ma chère, car c'est lui qui a dit :
Nocturna versate manu, versate diurna.
et si je vous fais grâce de la nuit, vous pouvez bien m'écouter le jour.
Topffer.
... Toi, quand tu as ciré mes bottes, pour peu que je marche une heure dans la poussière ou dans la boue, il n'y paraît plus, le cirage est terne ou taché. Eh bien, vois la toile de Charles ; ses soldats ont marché toute la nuit, ils se livrent un furieux combat, ils piétinent dans la poussière, dans la boue, dans le sang. Eh bien, leurs souliers sont admirablement noirs et luisants. Voilà comme je voudrais que mes bottes fussent cirées. Je ne saurais trop te le répéter, Gargantua, étudie les maîtres,