L'orateur, comme le poète, doit mériter la confiance et la sympathie, joindre l'autorité de la vertu à celle du talent, enfin donner une bonne opinion de ses actions, de ses principes, de ses mœurs. De là les mœurs oratoires qui fournissent à l'orateur les mouvements affectueux, doux, insinuants, qui vont au cœur et y portent la confiance, et sont les auxiliaires puissants de ces autres mouvements impétueux qui renversent, qui entraînent, et qu'on appelle les passions ou le pathétique.
Les mœurs et les passions tenaient une grande place dans les préceptes des anciens rhéteurs, parce qu'elles dominaient partout dans l'éloquence ; et la réunion de ces deux qualités, la douceur et la véhémence, constitue la perfection de l'art oratoire. Aussi Molière, voulant mettre dans la bouche de Vadius un compliment très flatteur à l'adresse de Trissotin, ne trouva-t-il rien de mieux que :
On voit régner chez vous l'ithos et le pathos !
Mais on abuse des meilleures choses, et, grâce aux Vadius et aux Trissotins, ces deux mots grecs sont devenus synonymes de galimatias, de style ampoulé, de langage prétentieux.
Balzac.