Si l'on cherchait le sens de ces premières paroles du Sermon sur la montagne, dans l'application qui en est faite d'ordinaire, il faudrait admettre, comme on le fait généralement, que Jésus-Christ a glorifié l'idiotisme. Ce sens ne peut être celui de l'Écriture. Quelques interprètes ont traduit pauperes spiritu par pauvres en esprit, c'est-à-dire détachés de tous les biens terrestres et n'aspirant qu'aux vrais biens du Ciel ; mais une tradition erronée est indestructible ; on a dit une fois et l'on dira toujours : Bienheureux les pauvres d'esprit, en appliquant cette expression à ceux qui, dépourvus d'instruction et de talents, voient cependant leurs affaires prospérer : Cet homme a fait une fortune colossale en quelques années, et c'est à peine s'il sait signer son nom : Beati pauperes spiritu.
Quoique le vicaire fût un de ceux auxquels le paradis doit un jour appartenir en vertu de l'arrêt Beati pauperes spiritu ! il ne pouvait pas, comme beaucoup de sots, supporter l'ennui que causent d'autres sots.
Balzac.
L'Univers préconise systématiquement l'ignorance. Hier encore il protestait contre les progrès de la raison humaine. Il prend à la lettre le texte beati pauperes spiritu, et il a naguère crié de toutes ses forces : «Abêtissez-vous !» Il faut bien qu'il prêche d'exemple.